lundi 26 décembre 2016

Supériorité de l'ennui — 14


Les éditions de l’Herne publient prochainement un numéro de leurs Cahiers consacré à Michel Houellebecq et, en parallèle, dans leur jolie collection — les Carnets — un opuscule de Houellebecq lui-même intitulé En présence de Schopenhauer. Dès les premières pages, on apprend que c’est à l’âge de vingt-cinq ans que le jeune poète et le futur romancier découvre par hasard, en bibliothèque, les Aphorismes sur la sagesse, ouvrage qui suscite aussitôt chez lui le désir de trouver Le Monde comme volonté et comme représentation. En quelques semaines, Houellebecq sera guéri de Nietzsche. Passé trente ans, il est indigne de ne pas se dégriser de l’auteur du Zarathoustra, de ses ingénuités, de son emphase, de ses élucubrations dionysiaques. Si Schopenhauer est un excellent remède pour garder la tête froide, en ce qui me concerne, ce fut Cioran qui me délesta une bonne fois pour toute du pataquès nietzschéen. Je relisais il y a quelques jours De l’inconvénient d’être né. Cioran y note la raison pour laquelle, penseur pour penseur, il préfère Marc Aurèle à Nietzsche: «Je trouve plus de réconfort, et même plus d’espoir, auprès d’un empereur fatigué qu’auprès d’un prophète fulgurant».