jeudi 1 septembre 2016

Supériorité de l'ennui — I


Hier soir, L’Amour en fuite de Truffaut. Le dernier épisode de la série des Doinel. Magnifique séquence quand, dans le rapide qui file vers Lyon, Colette (Marie-France Pisier) lit le livre d’Antoine (Jean-Pierre Léaud): Les Salades de l’amour. Comme il s’agit d’un récit autobiographique dans lequel Antoine relate le coup de foudre qu’il eut pour Colette, on voit alors cette femme moderne repartir en pensée vers son passé bien plus vite que le train où elle se trouve ne l’achemine vers son avenir. Bel hommage de Truffaut à la littérature — cet art qui joue avec le temps et se joue de lui. Plus tard, dans le film, autre séquence où il est question de roman. Antoine frappe à la porte de Sabine (Dorothée) pour lui demander pardon de n’être pas venu à leur rendez-vous de la veille. Fâchée, elle ne lui ouvre que la fenêtre de son salon qui fait face à celle du palier où se tient Antoine. Quand celui-ci dit à Sabine qu’il regrette sa goujaterie et qu’il est prêt à changer la fin de son roman en chantier, à faire en sorte que son héros ne se suicide plus, sa maîtresse boudeuse lui rétorque: «C’est une bonne chose. Il ne faut pas pousser les autres au désespoir quand on s’arrange soi-même de la réalité. Et puis il ne faut pas faire semblant de détester la vie quand on tient à elle». J’ai retenu cette réplique comme si elle m’était adressée, moi qui passe mon temps vautré dans le pessimisme.