mardi 18 novembre 2014

Sauver Schopenhauer du philosophiquement correct


Parmi les tenants du riquiqui, il y a les «nietzschéens de gauche», c’est-à-dire ceux qui n’assument pas l’aspect qui leur semble déplaisant dans les élucubrations du penseur moustachu et, même, qui vont jusqu’à biffer purement et simplement ses apologies de l’esclavage, de la guerre, de l’inégalité des races, de la supériorité des hommes sur les femmes ou de l’Islam sur le Judaïsme. Les nietzschéens de gauche sont des nietzschéens honteux. À présent, quand je laisse traîner mes oreilles, j’entends un autre type de riquiqui s’exprimer à travers les propos de certains schopenhaueriens tout aussi honteux qui nient quant à eux, ou minimisent, le pessimisme de celui que Cioran appelait le Grand Patron. Ah! Le pessimisme! Comme cela est inconvenant quand on professe la philosophie! Alors on vend du Schopenhauer universitairement correct, allégé, fadasse, sans désespérine, dilué dans la moraline. Je ne me donnerai pas la peine de démontrer en quoi le pessimisme fait toute la beauté d’un livre tel que Le Monde comme volonté et comme représentation. Je n’en citerai que ce passage: «Quand il n’est pas un verbiage dénué de sens que tiennent nombre de têtes plates, l’optimisme est une opinion impie, une odieuse moquerie en face des ineffables douleurs de l’humanité.» (Trad. Burdeau, p.p. 340-341).