Dom Juan de Molière
adapté pour la télévision par Marcel Bluwal (1965)
Le
beau livre de Simone Bertière : Condé,
le héros fourvoyé, aux éditions de Fallois. Depuis mes lectures juvéniles des Trois Mousquetaires, de Vingt
ans après, du Vicomte de Bragelone,
je n’ai jamais pu guérir du goût pour le XVIIe siècle que m’a transmis Dumas.
De Simone Bertière, j’avais englouti sa Vie
du cardinal de Retz. Ce fut plaisir d’assister à la déroute de cet
arriviste, rusé, certes, et audacieux, mais qui n’avait pas l’intelligence
politique moderne de son ennemi, Mazarin.
Je jubilai quand j’appris que La Rochefoucauld, l’auteur des maximes, l’amant
de la duchesse de Longueville — sœur de Condé —, excédé des manigances et
intrigues du coadjuteur faillit l’étrangler en lui enserrant le col entre les
battants d’une porte. Ici, Simone Bertière conte la grandeur et la décadence
d’un guerrier féodal insoumis — dont s'inspira Molière pour son personnage de Dom Juan —, et qui finit, lui aussi, par être dompté par le
machiavélique Mazarin puis humilié par le fils spirituel de ce dernier :
le jeune Louis XIV. Ce que je retiens également de cette biographie de Condé
c’est que, l’âge venant, la plupart des Frondeurs se sont jetés au pied de la
croix. Ils passèrent le matin de leur vie dans la débauche et, à son crépuscule, dans la prière. En ce Grand Siècle des apparences, la dévotion
était l’ultime masque des libertins.

Cette attitude sera celle de deux grands esprits du XIXème siècle. Barbey d'Aurévilly dont le libertinage disputait la foi conclut ceci à l'égard de Baudelaire en 1857:
RépondreSupprimer"Après les Fleurs du mal, il n’y a plus que deux partis à prendre pour le poëte qui les fit éclore : ou se brûler la cervelle… ou se faire chrétien !"
En 1884, le Connétable des lettres reformula le même constat au sujet de Huysmans après la parution d'A rebours:
"Après un tel livre, il ne reste plus à l'auteur qu'à choisir entre la bouche d'un pistolet ou les pieds de la croix."
"C'est fait" répondit Huysmans en 1903. Quant à Baudelaire, son devenir chrétien n'est pas étonnant. "Dès mon enfant, tendance à la mysticité. Mes conversations avec Dieu." écrit-il dans Mon cœur mis à nu (XLV). Une ligne plus bas:" De l'Obsession, de la Possession, de la Prière et de la Foi."
Pour moi, Retz est un personnage mille fois plus intéressant que Mazarin, et si haut en couleurs. J'ai lu quatre fois ses mémoires (éd. La Pléiade) et donc je suis de parti pris. Mais j'avais évidemment beaucoup apprécié le livre de Simone Bertière. Vous me donnez envie de lire ce "Condé"... Ah ! quelle belle époque...
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