mercredi 11 avril 2012

Flaubert pour oublier Bourdieu

Lycéenne réactionnaire 
s'adonnant au plaisir discriminant 
de lire Gustave Flaubert

Les pédagogues modernistes s’activent à éliminer la culture générale des lycées afin d'en faire des établissements scolaires de la misère de vivre, comme disait Nietzsche. Ils la jugent discriminante à l’égard des jeunes générations issues des couches populaires. «Discriminer », le mot sonne plus fasciste que «sélectionner». Ainsi, cesser d’enseigner l’histoire, la littérature, la philosophie, les langues mortes, etc., mettrait fin à un odieux régime d’apartheid intellectuel.
Où donc les pédagogues modernistes puisent-ils leur haine des humanités? En eux, sans doute et, aussi, dans les livres de Bourdieu, de Dubet, d’Establet et compagnie. Ces types, quand ils étaient jeunes, vouaient une haine à la «culture bourgeoise». Preuve qu’un sociologue ne sait pas ce qu’est un bourgeois. S’ils avaient lu Flaubert au lieu d’Althusser, ils en auraient eu une très précise définition: «Le bourgeois est celui qui pense bassement». Il pense bassement parce qu’il préfère le calcul à la poésie, la spéculation à la rêverie, l’entreprise à la flânerie. L’expression « culture bourgeoise » n’est donc qu’un oxymore. Dans l’Effervescence du vide (Grasset), relatant ses souvenirs de jeune professeur de philosophie durant les événements de mai 68, Nicolas Grimaldi écrit que, tandis que les étudiants s’attaquaient à la «culture bourgeoise» et à ses suppôts, lui, qui avait trente ans, «considérait au contraire que le propre de la bourgeoisie était d’être face à la culture comme une poule devant un dictionnaire» et, par là, que ses rejetons pouvaient joyeusement l’anéantir «sans lever le petit doigt ni hasarder un soupir» — raison pourquoi, ajoute-t-il, «ne se rappelle-t-elle de 68 que d’avoir failli manquer d’essence».

52 commentaires:

  1. Je suis bien d'accord avec vos remarques... qui ont ici une belle couleur "situationniste", je trouve.

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    1. Si vous aimez Hopper, je vous invite à voir la production, ( et non le "travail") du peintre italien morandi, exactement en propos avec votre texte.
      Les marxistes plasticiens de l'époque criaient à l'art bourgeois, enfermés dans des postures utilitaires et actives de l'art et ne pouvaient pas trop blairer l'intégrité de ces espaces sobres,équilibrés, lucides, qui n'avait rien de bourgeois au contraire.
      Percevoir a toujours fait mal au cul des idéologues, ça les oblige à pénétrer un monde mouvant...Après, oui, pour l'apprécier il faut un relatif calme du corps et une paix de l'esprit, qu'une certaine aisance peut faciliter, mais en rien bourgeois... Flaubert, ma douceur.

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  2. Frederic,

    Et pourtant, Bourdieu a écrit "les règles de l'art" qui est le livre le moins pompeux et aussi le plus original (loin des exclamations des pense menu sur l'innéïté du genie de Flaubert) ecrit entre autre sur "l'education sentimentale' et Flaubert.
    Avant de juger, encore faudrait-il l'avoir lu, mais c'est un vice français bien connu. Bourdieu, issu d'un milieu très modeste comme on dit (comme moi) ne s'est jamais attaqué à la culture bourgeoise, mais à la façon dont les bourgeois (qu'il a rencontré encuite dans les grands lycées) en parlent ou en font usage, et en se moquant d'eux. C'est pourquoi il a mis cette citation de Queneau avant le debut de son livre "Les Règles de l'Art' : "C'est en lisant qu'on devient liseron".
    Censurez. Peu importe.La réalité est...

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  3. Question autrement plus importante cher Frédéric: avez-vous déjà écouté "Everyday is like sunday" de Morrissey, un après-midi d'hiver, vous promenant sur les plages de Biarritz. Je vous imagine très bien...


    Stéphane N.

    http://www.dailymotion.com/video/x6xn6_morrissey-everyday-is-like-sunday_music

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    1. Cher Stéphane,

      Je ne connaissais pas Morrissey. Merci pour le lien. Mais pour être franc, je trouve le titre de la chanson meilleur que la chanson elle-même.

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  4. Le texte colle parfaitement à votre description de Biarritz. Morrissey fût le leader des Smiths, groupe des années 80. Il est connu pour être le dandy de la pop indépendante, aux textes mélancoliques voire suicidaires et acides - sous l'influence d'Oscar Wilde-. Il est considéré par beaucoup, Bowie en tête, comme le meilleur parolier de l'histoire de la pop. On lui doit indirectement et malheureusement, la création des Inrockuptibles - les fondateurs étaient des fans, frustrés du traitement de leur groupe par Rock et Folk-. Vous qui aimez les crooners, écoutez l'album "Vauxhall and I". Ca vous plaira -moins années 80 que "Everyday is like Sunday". Et si ça ne vous plaît toujours pas, Chet Baker ou Ravel, l'enfant du pays, restent de très bons choix.

    Stéphane N

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  5. Ah, lire par dessus l'épaule d'une lycéenne myope et se risquer à une explication de texte... Remettre un peu de rigueur dans l'éducation sentimentale...

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  6. Oui, cher Soluto, la pédagogie différenciée avec les lycéennes est chose sérieuse.

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  7. C'est amusant, ce message me fait penser à une longue discussion que j'ai eu récemment avec un professeur de philosophie ayant Bourdieu en horreur et l'accusant, entre autres, d'avoir fortement contribué au déclin du savoir enseigné à l'école ... Tout cela à cause de son bien trop fameux "capital culturel" ... fatalement associé sémantiquement à "capital économique" alors qu'en effet sur le plan pratique, c'est incomparable. Ah les beautés tristes d'un vocable inadapté ...

    Cela me fait penser aussi à une anecdote assez récente où l'on demandait à des élèves de terminale de passer les épreuves de dictée et de calcul imposées pour l'obtention certificat d'études que passaient leurs arrière-grands-parents (qui eux avaient 13 ans lors de cet examen). Je crois que le résultat fut assez éloquent en termes de reçus au certificat!

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  8. PS à M. Schiffter

    Je viens de recevoir votre ouvrage "Sur le blabla et le chichi des philosophes".
    Je n'ai à vrai dire pas grande idée du contenu, mais je souhaite qu'il me fasse autant sourire que certains écrits de Rosset édités selon la même facture aux PUF, je pense au Monde et ses remèdes, à une passion homicide, La folie sans peine, les matinées structuralistes. Ah non, celui-là n'est pas paru aux PUF à l'origine, il me semble, mais a été fort heureusement réédité il y a peu de temps.

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  9. Oui, cher — ou chère — Loreleil, Bourdieu est à l'origine d'une haine de gauche de la culture générale et, en particulier, de la philosophie — d'où son passage personnel à la sociologie. Ce type, issu d'un milieu populaire très modeste doit tout à l'école républicaine: sa formation, sa méthode, sa culture et, cependant, il n'a cessé de cracher dans la soupe. En cela, Onfray lui ressemble. Je me demande quel est le soubassement psychologique qui détermine pareil ressentiment contre l'institution du savoir.

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  10. llored patrick13 avril, 2012

    Comment peut-on dire que Bourdieu porte une haine à l'égard de la culture, alors même qu'il a été le sociologue le plus cultivé de tous les temps ? Tout dans son oeuvre, son enseignement et sa vie le prouve abondamment !
    Autant d'ignorance et d'aveuglement devant la vérité m'inquiète de la part d'un homme qui se dit cultivé ! Mais on est jamais à un paradoxe près, n'est-ce pas ?

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    1. La haine de Bourdieu à l'égard de la culture générale et, notamment, de la littérature comme signes d'appartenance à une élite opprimante transpire dans "La distinction" et dans "Les règles de l'art"— ouvrages que vous semblez ignorer — et qui sont à l'origine du triomphe du philistinisme dans l'école comme dans le reste de la société.

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    2. "Comment peut-on dire que Bourdieu porte une haine à l'égard de la culture, alors même qu'il a été le sociologue le plus cultivé de tous les temps ?"

      Pouvez-vous m'indiquer où l'on peut trouver le classement des sociologues les plus cultivés de tous les temps? Je meurs de savoir si Weber est sur le podium.

      Bourdieu n'était plus crédible dans la dernière partie de sa carrière. Nous étions face à un militant sectaire et non à un chercheur.
      On peut d'ailleurs constater que ces 3 fils Emmanuel, Jérôme et Laurent ont largement "profité" du déterminisme social et culturel de leur père.

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    3. J'ai oublié de signer le message précedent.

      Stéphane N.

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    4. J'ajouterai que Bourdieu est un avatar de Monsieur Homais, vous savez, ce crétin si bien décrit par Flaubert, qui voit tout du point de vue de la science. L'"analyse scientifique des champs de productions culturelles", tel est le leitmotiv de ce pédant dans ses interventions livresques et radiophoniques. Le contraire du dilettante ou de l' "honnête homme" dont parlait La Rochefoucauld. Sans style, sans humour. Tout pour plaire aux culs de plomb du sérieux.

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    5. J'aurais du mal à m'insérer dans ce débat n'ayant lu ni "La distinction" et seulement quelques passages sur "Les règles de l'art". Le souvenir que j'ai de son ouvrage "Les héritiers" est différent. Il me semble qu'il essayait de montrer comment se reproduisait ce qu'il appelle les inégalités en matière de capital culturel en fonction du milieu social qui permettant un accès plus ou moins privilégié à la culture. Je n'ai pas trouvé que son analyse était dénuée de sens loin de là: un enfant qui depuis toujours à une vaste bibliothèque littéraire, musicale, etc...à sa disposition sera dans un sens "favorisé" par rapport à celui qui n'en dispose pas, toutes choses étant égales par ailleurs (les deux individus pouvant avoir le même niveau de curiosité).
      Ce qui est étonnant (mais peut-être devrais-je relire attentivement car j'ai l'impression de ne pas avoir lu la même chose que d'autres) c'est que j'en ai déduit que pour rétablir une sorte d'équilibre si l'on peut dire, il fallait justement que l'école républicaine permette à tous de se familiariser à ces savoirs.

      Pour ma part, je pense assez trivialement que c'est tout bêtement l'avènement du capitalisme libéralisé et "désinhibé" qui est à l'origine de ce total déplacement des valeurs.

      Le chef d'orchestre Barenboim l'exprimait très bien dans une interview donnée il y a quelque temps. Il faisait remarquer qu'à partir du moment où un responsable politique italien disait des choses comme "La cultura non fa mangiare" on avait un peu de soucis à ce faire ... Peut-être que Bourdieu a sa part de responsabilité, mais il me semble qu'il eût existé ou non n'aurait pas changé grand chose à l'affaire!

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  11. Je ne suis pas compétent pour un débat de fond sur une critique de l’œuvre de Bourdieu. Le peu que j’en ai lu m’est tombé des mains (me faisant le même effet que la prose alambiquée d’un Hegel, par exemple). Le style m’est apparu pédant et inutilement compliqué… Néanmoins je ne suis pas certain que cela en ruine pour autant ses thèses.

    Voici un article récent du Répertoire des inégalités, qui dans son chapeau d’introduction annonce la couleur : « Le niveau global d’éducation s’est amélioré en France mais en revanche nous sommes toujours dans le peloton de tête des pays de l’OCDE, voire les premiers, pour l’inégalité et l’élitisme que sécrète notre système scolaire. »

    Lien : http://www.inegalites.fr/spip.php?article1557&id_mot=169

    Plus ancien, j’avais rédigé un petit billet en 2010 sur l’inégalité dans la poursuite des études selon l’origine sociale des élèves. Le billet vaut surtout pour le graphique.

    http://aevigiran.over-blog.com/article-inegalite-face-a-la-poursuite-des-etudes-46800348.html

    Fort de ce constat, plutôt que le sempiternel « c’était mieux avant », ou, comme je l’ai lu : Donnez une dictée du certificat d’étude aux jeunes d’aujourd’hui et vous allez voir comme ils se croûtent ! – quand je vois le nombre de ‘billes’ en sciences ou en informatique dans les générations plus mûres je ne crois pas en la matière qu’elles aient des leçons à donner. Mais je m ‘égare… Fort de ce constat, disais-je, la véritable question me semble être, plutôt que de savoir si l’on est pro ou anti-Bourdieu - paix à ses os - : que fait-on de ces inégalités de faits et de la reproduction des élites en France ? Là commence la discussion… Là porte mon intérêt.

    Bonne journée à tous.

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    1. Cher Axel,

      Les critères de l'OCDE pour juger le système scolaire français relèvent d'une mentalité de boutiquiers. Pour ces gens, que l'on puisse apprendre au lycée des disciplines totalement inutiles les dépasse. À quoi bon la littérature, la philosophie, l'histoire, le théâtre de Shakespeare quand on apprend l'anglais ou la poésie de Lorca quand on étudie l'espagnol? Voilà du temps perdu pour le commerce, l'entreprise, la gestion, le manageuringue. Sarkozy traduit à merveille cette conception de l'école avec sa sortie sur la caissière et la princesse de Clèves.

      Quand ces experts entendent le mot "culture", ils sortent leurs statistiques et leurs courbes. Et l'exemple... finlandais où la théologie tient lieu de philosophie et où l'on forme des ignares diplômés auto-évalués.

      Comme j'ai déjà eu déjà l'occasion d'en parler sur votre blogue, je me félicite que ces humanités soient encore enseignées en France — même si elles subissent, à cause de leur caractère sélectif, les attaques des technocrates au service de la pédagogie mercantile. Plus le temps, disent ces derniers, pour acquérir un "capital culturel" quand il s'agit de former les esclaves du profit économique.

      Il est évident que si l'on veut des collèges, des lycées, des universités "égalitaires", le mieux est de les transformer en écoles de commerce avec un enseignement en alternance
      dans les entreprises. Mais gageons que ce cette belle école démocratique, modernité oblige, sera bientôt instituée. La motivation, l'investissement, la performance remplaceront la curiosité intellectuelle, le travail d'appropriation et de maîtrise des savoirs, l'exigence d'atteindre à l'exactitude, à la clarté et à la distinction.

      Quant à la question de la dictée, je la trouve primordiale. Autant n'importe quel analphabète peut s'arranger en informatique et, même, en science, autant peu de gens maîtrisent désormais l'orthographe et, pire, le sens de la belle langue — lequel est vu comme une coquetterie réactionnaire. Et je pense, en effet, qu'une bonne "dictée-questions" comme on disait "avant" ferait frémir d'effroi bien des étudiants et que cela leur ferait du bien de trembler devant cet exercice consistant à respecter les règles tyranniques de leur langue et à s'y soumettre.

      "Que fait-on de ces inégalités de fait et de la reproduction des élites en France ? Là commence la discussion… Là porte mon intérêt", dites-vous. Ce n'est pas le mien. Personnellement, je n'ai jamais vu un élève de condition très modeste désireux de poursuivre des études supérieures et, bien sûr, apte le faire, à qui le "système" aurait barré la route. Bourdieu en est la preuve, Onfray aussi. Avant eux Bachelard et bien d'autres.

      Salutations balnéaires,

      FS

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    2. Cher Frédéric,

      (Partie 1)

      Je ne sais plus qui a eu cette boutade : "Les statistiques c'est comme les bikinis, cela donne une idée mais ça cache l'essentiel". On peut ainsi y jeter un œil pudique - ou intéressé, cynique, dédaigneux, etc. - et passer à autre chose, où bien se dire que l'idée générale qui s'en dégage fait tout de même sens... Que cela mérite qu'on s'y arrête.

      Je n'ai jamais défendu - bien contraire - l'idée d'une école utilitaire ; et considère comme la pire des décadences que cette pédagogie mercantile dont l'unique objectif est de vouloir à tout prix former des "employés", des "managers", "des salariés flexibles" et autres petits soldats du système.
      Les humanités, la culture au sens le plus noble, une école qui transmet des savoirs et apprend à penser par soi même, une école qui forge un caractère bien trempé, rendant capable de recul et d'esprit critique : je dis oui, mille fois oui... Oui pour le latin et le grec ancien!
      Par extension, d'ailleurs, je défend pareillement l'éloge de la démotivation telle qu'exprimée par Guillaume Paoli dans son essai éponyme ; et je la pratique lorsque je me trouve confronté à ces milieux productivistes dont le leitmotiv est : Quelle marge ? Quelle croissance ? Combien d'unités de production en plus ? Combien pour les actionnaires ? etc.

      Vous dites " je n'ai jamais vu un élève de condition très modeste désireux de poursuivre des études supérieures et, bien sûr, apte le faire, à qui le "système" aurait barré la route". Certes.
      La question est alors : pourquoi si peu de jeunes issus de milieux modestes - statistiquement parlant - suivent-ils alors un cursus d'excellence ? Seraient-ils plus stupides que les jeunes issus des classes dites supérieures ? Seraient-il moins ambitieux ? Ma thèse est que le motif en est essentiellement (en vrac et en désordre) : a) une méconnaissance des filières d'excellence b) milieu culturellement peu propice c) sentiment de réussite si le diplôme obtenu est supérieur à celui des parents.
      Je vais tenter d'esquisser une explication de ce phénomène par un exemple (évidemment je ne prétend pas qu'il soit généralisable, mais j'ai l'intuition ne pas être si loin du nœud gordien de l'affaire).

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    3. (Partie 2)

      Brossons le contexte : Imaginons un élève issu d'un milieu modeste dont la mère à tout juste ce fameux certificat d'étude et dont le père a quitté l'école à 14 ans pour travailler. L'époque est une époque de relative prospérité économique, et, sans grand diplôme, pour peu que l'on soit courageux, l'ascension sociale marche à plein. Cette famille croit dans l'école. Cependant, le père, qui n'ose écrire tant il fait des fautes d'orthographes, défenseur d'une certaine idée d'ordre, voue une haine envers tout ce qui est intellectuel ; ou plutôt il nourrit envers les 'élites' un ressentiment tenace, ressentiment qui se traduit par un dénigrement systématique et agressif des journalistes, des philosophes, des historiens, etc. Pour lui ces 'gens' n'ont pas les mains dan le cambouis, et ce sont des parasites inutiles à la société.
      Lorsque le temps du collège s'achève, évidemment il n'est nullement question que le rejeton d'une telle famille envisage autre chose que d'entrer dans un lycée technique : des mécaniciens, des électriciens, ça on en a besoin ! La seconde se passe plutôt bien, mais très vite constat est fait que l'élève en question réussit fort bien dans les matières inutiles, ou annexes (français, histoire/géographie) et beaucoup moins dans les matières techniques ou il ne montre aucune appétence (dessin industriel, etc.). Envisager une réorientation ? Certainement pas ! Littéraire 'c'est pour les tapettes'... Bon an mal an le jeune décroche cependant son baccalauréat. Fierté extrême de la famille. Puis, parce qu'on croit en l'école, et que l'élève à 'un potentiel', on l'inscrit en BTS qu'il décrochera deux ans plus tard sans encombres. Voila comment on devient le roi du pétrole dans une maisonnée modeste ! Seulement, ce jeune ne rêve que de lectures, de discussions philosophiques. Il ne se sent pas prêt du tout à affronter le monde clos des techniciens : poursuivre ses études ? S'il veux, ses parents ne sont pas contre - mais bon, on ne va pas le stimuler ni l'inciter dans ce sens particulièrement ! Mais quoi faire ? Le moins technique ce de ce que peut envisager ce jeune est d'entrer en seconde année de deug (licence actuelle) maths physiques. Mais les choses s'arrêteront là... BTS c'est tout de même très bien, et très utile ....

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    4. (Partie 3 - fin)

      A contrario, un autre exemple, beaucoup plus contemporain (en contexte donc de crise et de chômage de masse). Je vais faire beaucoup bref.
      Une famille de la classe moyenne avec deux enfants, sans TV dans le salon, n'écoutant pratiquement que France culture, avec des livres partout dans la maison. La culture est ici sacrée. On va au musée, on fait des voyages culturels, on lit beaucoup, on discute de ses lectures et on écoute même en voiture quotidiennement les podcast des NCC.
      Premier enfant : bon élève avec des appétences littéraires. Bien informés des meilleurs cursus les parents lui ont conseillé une préparation littéraire, prenant soin de sélectionner l'école la mieux cotée et avec le plus fort taux de réussite de la région où ils habitent.
      Résultat : ce jeune ce retrouve désormais en hypokhâgne, avec en option latin et grec(se retrouve classé dans le premier tiers). Tous dans la famille sont d'accord : les chances de décrocher ULM sont néanmoins infinitésimales (peut-être cuber sur Paris si possible si les résultats sont bons ?). Quoi qu'il en soit personne n'envisage, s'il faut rejoindre les bancs de l'université, de s'arrêter avant le doctorat.
      Second enfant : difficultés scolaires importantes pour causes de troubles neurologiques. Est diagnostiqué une hyperactive plutôt sévère et le système éducatif envisage très tôt de reléguer l'enfant en classe dite spécialisée. Les parents s'y refusent et suivent tous ses devoirs, vont discuter avec les enseignants, le changent d'école, le soutiennent (la mère est enseignante, ce qui aide d'autant plus, aussi bien pour la connaissance du système éducatif que pour la pédagogie).
      Résultat : l'enfant réussit, avec un seul redoublement à suivre une scolarité normale et se trouve aujourd'hui en 4ieme (résultat moyen dans l'ensemble : grosses lacunes en français(à l'écrit), en anglais et en espagnol, mais fort éveillé en science et en technologie). D'ailleurs, lorsque au dehors de l'école les parents disent que leur enfants sort de grosses difficultés scolaires, en général c'est l'incrédulité : son vocabulaire est plus riche que la moyenne des jeunes de son âge et il "sait beaucoup de choses"... Quoi qu'il en soi, les parents entrevoient désormais une réussite possible de l'élève en classe de seconde (chose tout à fait impensable initialement).

      Qu'en conclure ? Ce que je prétend c'est que dans un milieu d'un capital culturel moins élevé ces enfants, avec une très forte probabilité, auraient été orientés de la manière suivante :

      Premier enfant : BTS tourisme (si la chose existe toujours), ou équivalent.
      Second enfant : CLIS puis SEGPA et pour finir peut-être un CAP.


      Désolé de ces affreuses longueurs...
      Je voulais encore aborder le sujet de l'orthographe, celui du certificat d'étude et de la massification de l'enseignement, mais j'incommoderais définitivement les vaillants lecteurs de ce blog.

      Très bon dimanche.
      Amicalement

      Axel

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    5. Cher Axel,

      Ce que je retiens de votre commentaire c'est que les parents dont vous parlez prennent grand soin de leurs enfants et font en sorte d'utiliser au mieux le système scolaire. Ce qui signifie que ledit système n'est pas une machine à broyer les jeunes générations et offre toujours — encore — des solutions.

      Concernant les filières d' "excellence" peu accessibles au grand nombre. Pardonnez-moi mais n'est-ce pas le propre de l'excellence de ne relever que du petit, tout petit nombre? Encore faut-il voir ce que la société marchande entend aujourd'hui par excellence. Sans doute pas ce que l'on appelait autrefois un lettré — à moins que le lettré fasse l'ENA où, d'ailleurs, il se sentira bien seul au milieu des types venant des écoles supérieures de commerce.

      C'est dimanche, je vais aller faire quelques longueurs dans une piscine, et je n'ai guère envie de dérouler plus avant des arguments pour montrer que cette notion de "capital culturel" est stupide. Mais je fais confiance à l'intuition de l'honnête homme que vous êtes pour comprendre ce que je veux dire.

      Bien à vous,

      Frédéric

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  12. La haine de Bourdieu à l'égard de la culture générale et, notamment, de la littérature comme signes d'appartenance à une élite opprimante transpire dans "La distinction" et dans "Les règles de l'art"— ouvrages que vous semblez ignorer — et qui sont à l'origine du triomphe du philistinisme dans l'école comme dans le reste de la société.

    Autant on vous suit sans difficulté, Cher Frédéric, quand il s'agit de moquer, pourquoi pas, le désespérant sérieux de l'homme et de l'entreprise - autant on reste un peu dubitatif (pas qu'un peu) quand l'argument repose sur ce qui transpire et serait à l'origine (à ce compte là, on doit pouvoir effectivement toute la théorie démocratique du monde chez Nietzche).

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  13. on doit pouvoir trouver toute le théorie ...
    Désolé.

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    1. Cher Joël,

      Dans tous les textes de Nietzsche que j'ai cités, il est clair que transpire une haine de la démocratie. Transpirer ou exprimer à grosses gouttes, si vous préférez.

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  14. Il faudrait peut-être restituer le contexte dans lequel la réflexion de Bourdieu a germé. Il lui arrive dans des documents audiovisuels de lâcher quelques confidences. En 1968, beaucoup de monde, dans la société civile comme dans les universités, désireux d'établir un rapport égalitaire entre les classes sociales pensaient que le bon moment était venu d'en finir avec les stratifications telles qu'elles avaient été définies par Marx. Beaucoup donc parmi les universitaires voyaient en cet évènement un moyen de dynamiter les catégories sociales. Le baromètre de l'enthousiasme à cet égard montait très haut. Ce à quoi Bourdieu répondit qu'il ne fallait pas se leurrer. La configuration sociale changera mais pas les inégalités. Nous n'aurons plus droit à des strates comme elles se dessinaient auparavant mais à des champs interpénétrables à travers lesquels des acteurs sociaux circuleront, sans en changer pour autant les propriétés. Vous éprouverez une impression de liberté et d'abattement des frontières sociales au vu de cette libre-circulation, mais sachez qu'une fois au sein d'un champ dominant, il vous sera demandé (si vous désirez y rester) d'en incarner les codes sociaux. C'est ce que Bourdieu appelle "la reproduction sociale", qui se fait selon son estimation par les élites, le haut du pavé. Et le coût de cette implantation et de sa pérennité est l'adoption de la culture dominante. Là où le bât blesse selon Bourdieu est que les classes dominantes se contentent d'assimiler une culture qui leur est propre. Le déclassé pour sa part doit faire profil bas et se soumettre s'il veut être accueilli et avoir une part du gâteau. Je pense que ce qui hérissa le poil de Bourdieu est cette soumission, même s'il disposait des moyens d'y parvenir. C'est passer sous les fourches caudines de la culture dominante que n'a pas supporté le Bourdieu de modeste condition (même si le sociologue Bourdieu a pu à terme s'enorgueillir in petto d'une œuvre)et que ne supportent pas les gens de modeste condition. En qualité de fils d'ouvrier, j'ai pu mesurer leur répulsion. Bourdieu ,à ce titre, prend le contrepied de l'exaltation suscitée par mai 1968 en disant qu'il n'y aura rien de nouveau sous le soleil des inégalités. Vous ne retrouverez plus ces dernières stratifiées mais sous forme d'habitus, et il ne vous sera pas plus facile d'y échapper. Mais si vous consentez à courber l'échine, on vous fera une petite place. Question de tempérament...

    Bien à tous
    Pascal K.

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    1. A choisir entre Marx et Verlaine, je choisis le deuxième, tout ça pour dire le mal que je pense tes postures raisonnables qui prétendent décoder le vivant et dont les représentants, totalitaires souvent, se dispensent de se perdre dans la vie.

      Pour autant, je suis aussi tout à fait d'accord avec ce qui est dit plus haut, et je ne me souviens que trop bien, de l'effort de certains de mes profs pour bichonner des ânes, et les aider à obtenir leur diplômes avec une connivence d'autant plus crasse que les candidats en question, grande bourgeoisie, étaient purement, incompétents. J'ai en mémoire ce gland de "camarade", triste kéké qui sera défendu par tout le staf, que j'ai aidé personnellement, et qui a la sortie n'aura même pas besoin de présenter un cv,parce que voilà, papa est papa.
      Quand on veut on peut, probablement, mais c'est souvent beaucoup plus dur, pour ceux d'en dessous, et j'en connais de valeureux qui ont lâché le truc, parce qu'on imagine pas la dose d'humiliation, de force, d'énergie qu'il faut, pour rattraper le retard...relationnel, entre autre.

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  15. "Quand la démagogie règne, personne
    n’a envie de s’embêter à apprendre
    des choses difficiles si on peut avoir
    le diplôme pour rien. Cela arrange
    beaucoup de monde : les profs qui ne
    veulent pas bosser, les étudiants qui
    ne veulent pas étudier et même les
    administrations qui veulent avoir
    beaucoup d’inscrits.
    Finalement, et c’est encore une
    des antinomies de la domination, il
    faudrait dans les LEP, un super-
    enseignement exigeant, un super-ensei-
    gnement qui puisse rivaliser avec les
    meilleurs établissements de centre-
    ville, mais cela, comme on dit, ce n’est
    pas de la tarte! Les obstacles sont là."

    (...)

    "Il faut appeler les choses par
    leur nom. Allègre incarnait une
    espèce de démagogie. Bien qu’inca-
    pable d’énoncer trois phrases de
    sociologie, il s’en servait comme
    d’une caution pour justifier un ensei-
    gnement au rabais. Je lui ai dit une
    fois : « On va mettre bientôt le basket
    de rue au programme ! ».
    Évidemment, quand on prend des
    positions de ce type, on a pour soi les
    apparences, une image démocratique,
    alors que ceux qui défendent le
    niveau ont l’air d’archaïques.
    On a pour soi les élèves car, et c’est
    une chose que j’ai dite il y a très
    longtemps, le propre du handicap
    culturel, de la privation culturelle, est
    que celui qui est privé est privé même
    de la conscience de la privation: il ne
    sait pas qu’il lui manque quelque
    chose. Quand vous n’avez pas à
    manger, vous le savez, votre estomac
    vous le rappelle, mais quand vous
    n’avez pas reçu de culture, vous ne
    ressentez pas la privation jusqu’au
    moment où elle vous retombe sur les
    doigts sous la forme de sanction sur
    le marché du travail, du marché
    matrimonial, du marché des copines
    et des copains.
    La démagogie en matière scolaire,
    d’un point de vue cynique, ne coûte
    pas cher. Cette politique a fait
    beaucoup de mal et, sous le nom de
    néolibéralisme, malheureusement se
    perpétue."

    Pierre Bourdieu, in "Paris-Bourdieu-Marseille"

    www2.cndp.fr/RevueDEES/pdf/127/02103111.pdf

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    1. C’est très bien observé. Bourdieu se révèle plus subtil que les slogans auxquels les pédagogues ont réduit son œuvre.
      De son côté, Frédéric Schiffter et Jean-Claude Michéa, pour mentionner les plus lucides, devraient souscrire à ces observations, que vous avez eu la bonne idée de recopier ici.

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    2. Erratum : De LEUR côté…

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  16. Pour comprendre Bourdieu, il faut avoir suivi le même chemin que lui qui est d'un milieu modeste à l'Ecole Normale Supérieure. La rencontre avec les filles et fils de la Bourgeoisie et combien on se sent eloignée d'eux à tout point de vue. On en garde une sorte de malaise, voire de honte et on ne se sent jamais à sa place contrairement à eux. Tout part de là. On ne comprend pas soi même comment deux milieux sociaux peuvent engendrer des comportements (habitus) si éloignés. C'est cette incomprehension et cette honte qu'il a voulu expliquer et qui n'a cessé de le poursuivre toute sa vie. Toutes les fois qu'on me présente un couple, je constate à quel point il y a peu de brassage social ni racial et malheureusement que sa phrase "L'amour est sociologiquement déterminé" est toujours vraie. L'amour, c'est socialement avant tout l'entre soi. L'idée n'aurait pas deplu à Cioran

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    1. Chère Lea,

      Se sentir à sa place nulle part, à commencer dans un couple, cela me semble plutôt normal — même quand on est, dites-vous, du même milieu. Ce n'est pas une affaire sociologique mais, pardon, existentielle.

      Le ressentiment de Bourdieu contre la bourgeoisie décliné sous forme conceptuelle et pédante méritait meilleur mode d'expression — le roman ou le récit autobiographique.

      Flaubert dégueulait le bourgeois. Cela a donné lieu à de la littérature et non à des pensums néo-marxeux dont les Trissotins des sciences de l'éducation se sont goinfrés.

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  17. Dans tous les textes de Nietzsche que j'ai cités, il est clair que transpire une haine de la démocratie.

    C'est parfaitement exact, et je n'ai d'ailleurs pas l'intention de vous chercher la moindre querelle sur ce sujet. J'ai en revanche lu, comme beaucoup, la Distinction sans y relever le moins du monde (naïveté peut-être, pourquoi pas) la haine [...] à l'égard de la culture générale et, notamment, de la littérature comme signes d'appartenance à une élite opprimante , tout au plus selon moi - et si vous voulez que haine il y ait - celle à l'égard d'une élite opprimante dans son usage de la culture générale et, notamment, de la littérature comme signes d'appartenance. De la même façon, je ne vois guère en quoi La distinction ouvre les vannes du philistinisme scolaire, sinon - éventuellement - en assimilant à Bourdieu lui-même x générations plus ou moins dégradées de suiveurs, lecteurs et autres qui ont pu jouer, éventuellement, un rôle dans cette autre histoire.
    Sinon, je confirme la lourdeur du style, la pesanteur, l'esprit de sérieux inoxydable - j'avoue même que le militant des dernières années m'ennuie passablement. Mais pour revenir au point de départ, pour la haine de la culture et de la transmission, il me semble que vous vous trompez de cible (ou que vous nommez Bourdieu autre chose que Bourdieu).

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    1. Admettons que Bourdieu suscita, en dépit qu'il en eût, des vocations de petits procureurs de la culture générale alors que son intention n'était que de décrire un signe d'appartenance de classe et de pouvoir.

      Maintenant, je ne vois pas comment il est possible de haïr une classe, la bourgeoisie, tout en respectant ce que Bourdieu dénonçait comme l'un de ses attributs culturels — désigné comme "capital".

      Surtout, Bourdieu m'a toujours semblé à côté de la plaque.

      Je ne suis pas sociologue, mais il me semble que les humanités, et ce, depuis des décennies, sont visées comme archaïsme culturel à éliminer par cette bourgeoisie qui ne jure que par l'enseignement technique et professionnel (basique ou supérieur) — la formation et le formatage de ses cadres c'est-à-dire, principalement, des ingénieurs, les Monsieur Homais modernes.

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  18. Cher Schiffter,
    D'accord, encore une fois — ce qui devient gênant — avec vous sur ce qui condamne Bourdieu — le style, le genre "cul-de-plomb", et le reste… — ainsi qu'avec vos remarques sur la dépendance dans laquelle la « culture » se trouve par rapport au commerce, à l'esprit « mercantiliste » et, finalement (puisque là comme au casino, à la fin, c'est toujours la banque ((qui prête à tous, du haut en bas de l'échelle social – États compris –)) qui gagne), au dur joug des usuriers qui dominent le monde en excitant et en manipulant les haines et les vices (individuels, familiaux, de sexe, de caste, de race, de religion etc.), j'ai pensé d'abord ne pas devoir intervenir.
    La relecture de la Quatrième conférence de l'opus de Nietzsche intitulé « Sur l'avenir de nos établissements d'enseignement » — où se trouve cette remarque que vous citiez : « Pour moi je me connais qu'une seule vraie opposition, celle des établissements de la culture et des établissements de la misère de vivre : c'est à la seconde catégorie qu'appartiennent tous ceux qui existent, mais c'est de la première que je parle. » — m'a décidé à me joindre à vous par ces quelques remarques.
    Une première, qui vous est plus particulièrement destinée, concerne le fameux "ozeanische Gefühl" , le « sentiment océanique » que Nietzsche place, déjà dans ce texte, et explicitement, à la base de toute véritable culture :
    « Les autres [ceux qui ne peuvent connaître la véritable culture, telle qu'il vient de, et va la définir ] doivent très tôt apprendre une autre vérité : comment on se soumet la nature. Ici l'on en finit avec cette naïve métaphysique : et la physiologie des plantes et des animaux, la géologie, la chimie minérale forcent leurs disciples à une tout autre contemplation de la nature. Ce qui est perdu par cette nouvelle espèce de contemplation imposée, ce n'est pas je ne sais quelle fantasmagorie poétique, c'est la seule compréhension vraie et instinctive de la nature ; à laquelle s'est substitué maintenant un habile calcul qui vainc la nature par la ruse. L'homme vraiment cultivé possède donc ce bien inestimable de pouvoir, sans rupture, rester fidèle aux instincts contemplatifs de son enfance et d'atteindre par là à un calme, à une unité, à une cohérence et à une harmonie dont celui qu'attire la lutte pour la vie ne peut pas même avoir une idée. » (J'ai souligné la dernière phrase.) .

    Cela rejoint un commentaire que j'avais fait à l'un de vos précédents billets, où je notais en quelque sorte une faiblesse de Freud sur ce point, qui avait pourtant beaucoup appris de Nietzsche sur lequel il avait des renseignements de première main par celle que vous savez.

    J'avoue que j'avais oublié ce texte de Nietzsche — comme les autres — et que je dois à votre papier d'aujourd'hui de l'avoir retrouvé — et je vous en remercie. Je m'en resservirai.

    à suivre.

    Vaudey.

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  19. Une remarque, sans animosité, à ceux qui sont intervenus : si l'on a mis en cause la difficulté dans laquelle seraient (sont) les plus défavorisés de parvenir au sommet de l'échelle sociale, personne ne s'est demandé à quoi cela rimait de grimper à cette échelle-là, ni où cette échelle pouvait bien mener…
    Un mot de Khayyâm, pour marquer le mépris dans lequel, personnellement, je tiens et l'échelle et ce à quoi elle mène :

    Si tu travailles pour te vêtir et pour boire,
    C'est là un moindre mal — tu es tout excusé.
    Mais tout le reste est vain : il faut le refuser.
    Et quand à vendre ta vie en échange : voire !

    Où l'on voit également que la société présente — qu'on la définisse comme : société du spectacle ; société de l'injouissance ; société de l'ultralibéralisme casinotier etc.— ne peut exister que parce que ceux qui "possèdent" les leviers du pouvoir trouvent toujours parmi ceux que Nietzsche — de façon très « politiquement correcte » — aurait appelé les mal-venus, des gens prêts à tout pour arriver, mais qui ne parviennent finalement qu'à mépriser leurs proches et leur milieu d'origine (c'était le but… ) sans jamais pouvoir se défaire du mépris que leur portent ceux qui étaient là avant eux.

    Enfin, seul l'hôte de ces lieux, en philosophe, s'est posé la question du but que l'on pourrait fixer au système d'enseignement, et qui serait — même s'il ne l'a pas dit clairement, probablement parce qu'il juge l'affaire déjà pliée — de former une culture poétiquement supérieure en formant des hommes de qualité, c'est-à-dire, à mon sens, des hommes plus près de ce que Nietzsche définissait plus haut comme l'homme de culture que la bande de maffieux et de gangsters informatisés, diplômés et/ou secondés par des bourrins diplômés (cf. les traders-mathématiciens-hors-pair) qui, mus par leurs pulsions destructrices et autodestructrices « secondaires », occupent le terrain, définissent les rôles, les catastrophes et les ruines qui doivent occuper ou frapper chacun.
    Les "fameux imbéciles" qui dressent les graphiques dont parlait Debord.

    Aujourd'hui, alors qu'un milliard et demi de Chinois et autant d'Indiens commencent à sortir qui du système plurimillénaire des castes qui du despotisme oriental, on risque seulement de voir cette histoire des fils et des filles de paysans désireux certes d'échapper à la misère mais surtout de péter plus haut que leur cul, et si possible dans le nez de leurs frères, de leurs cousins, de leurs voisins ancestraux etc., se répéter telle qu'on la vue se jouer en Europe, mais seulement à une plus monstrueuse échelle.

    Et donc, outre le fait de déjà connaître la teneur de ce que seront les indignations bourdivines de leurs futurs mandarins-sortis-du-rang, on sait également qu'elles auront l'avantage sur les précédentes d'être des indignations de mandarins… en mandarin.

    R.C. Vaudey

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  20. Hello, Vaudey,

    Content de vous retrouver rôdant dans mes parages.

    À vous,

    FS

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  21. il me semble que les humanités, et ce, depuis des décennies, sont visées comme archaïsme culturel à éliminer par cette bourgeoisie qui ne jure que par l'enseignement technique et professionnel

    La distinction, livre sorti en 1979, est pour l'essentiel basé sur une enquête de 1963 complétée au fil des années 60 - il y a effectivement des décennies, et rend largement compte du monde d'avant.
    Sinon, pour dire vite, si les humanités et la "culture générale" sont effectivement les cibles constantes des diverses réformes scolaires, elles n'ont restent pas moins au cœur de certaines sélections assez stratégiques (qui a passé le grand oral de Sciences Po le sait bien, et sait bien que le capital culturel - comme dit l'autre - ici échangé n'est en rien scolaire mais bel et bien hérité sauf exceptions - bien entendu, ça arrive, combien de divisions.

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  22. Certes, certes. Mais n'ai-je pas entendu que l'épreuve de culture générale avait été supprimée du concours d'entrée à Sciences Po.? Que les démocrates se rassurent, donc. L'élite de demain sera au niveau de l'inculture généralisée.

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  23. Vous savez, quand est supprimée une matière enseignée - aussi biscornue soit-elle (la dite "culture générale") - pour la remplacer par un oral portant sur les goûts intellectuels des candidats (sic ! - Le Monde, aujourd'hui), on peut certes en accuser les démocrates - on peut surtout penser, pour revenir au sujet, que ça n'étonnerait pas le Bourdieu de la Distinction.

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    1. Espérons que l'on ne sanctionnera pas trop la jeune fille qui avouera préférer Flaubert à Joey Star...

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  24. Cher Schiffter

    En quittant votre espace, on est passé chez votre ami du quartier général qui fête l'anniversaire d'une jeune fille de seize ans, que vous connaissez peut-être, à laquelle nous aurions bien offert notre Journal — qu'on a hésité à intituler : Traité de savoir-jouir à l'usage des jeunes générations — puisqu'elle a, à peu près, l'âge de lire notre poésie qui, on le sait, doit finir par être lue par les jeunes filles de quatorze ans...
    Votre ami semble, par ailleurs, s'être mis au surf, en Méditerranée... où s'est levée une grosse vague, rouge paraît-il (le microplancton, probablement... ), au sommet de laquelle il nous a bien semblé le reconnaitre...
    Visite fatale ! Ouvrant par mégarde sur son site — pour étude — un fichier vidéo qui nous avait paru, par son titre évocateur de cette psycho-sociopathologie, exposer un cas clinique relevant de la psychologie de masse de la soumission : "Prends le pouvoir sur moi ! Jean-luc !", nous nous sommes en fait retrouvé marabouté par une scie — qui en sort dès qu'on l'ouvre — qui nous trotte maintenant dans la tête !
    La malheureuse victime que l'on voit, sur ce document insoutenable, si elle est bien inconsciente de sa pathologie — symptôme classique et éclairant — semble malgré tout dotée d'une remarquable tête chercheuse... nageant comme elle peut dans le marigot dans lequel elle se trouve plongée, par le hasard de l'Histoire, puisque — comme me le disait à peu près, ce soir, mon vieil ami Karl — : partout où elle a conquis le pouvoir, la classe dont vous parlez, a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques, brisé sans pitié tous les liens complexes et variés qui unissaient l'homme féodal à ses "supérieurs naturels", pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme (c'est-à-dire aussi l'homme et la femme), que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant", noyant les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste, faisant de la dignité personnelle une simple valeur d'échange; substituant aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l'unique et impitoyable liberté du commerce : en un mot, mettant à la place de l'exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale… Ce à quoi, Guy-Ernest, avec lequel nous buvions "quelques" excellentes bouteilles, a ajouté, vidant son verre : "les commerçants, aujourd'hui, ne se sentent plus. La société marchande, au XIXe siècle, n'avait pas encore atteint ces extrémités. Elle trouvait sans doute scandaleux que Mallarmé écrivît, mais pour d'autres raisons. On ne lui aurait pas reproché sur ce ton le caractère non rentable de ses ouvrages." Ajoutant même, avec son air désabusé, que vous lui connaissez : "On peut se demander comment un ordinateur saura traduire le mot “noblesse”, dans quelque temps".
    Pragmatique comme je le suis, je crois que les règles d'un jeu déterminent bien sûr la partie que l'on joue, mais aussi les différents états d'âme par lesquels passent les joueurs, qui le déterminent en retour; et les suites possibles des configurations du terrain de l'affrontement... et je crains que vous n'ayez raison en sous-entendant, très fort, que le Jeu de la Guerre et du Kapital n'ait besoin de rien d'autre que d'enragés désinhibés (fast-food, binge-drinking, hard-porn, snuff movies, coke et cætera) n'ayant rien à faire de la culture dont vous parlez, pas plus que de la poésie que nous évoquons...
    Enfin, on ne pourra pas dire, à nous lire, qu'il n'existait, en ce début de XXIe siècle, plus aucune voix pour mépriser et plaindre, et même, à notre façon, combattre, cette terrible époque.

    À vous

    R.C. V.

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  25. Le ressentiment est une revolte soumise. Bourdieu n'a jamais éprouvé cela, encore moins contre les bourgeois, dont il n'etait pas issu. Il voulait montrer la très grande inertie sociale.On ne change pas de milieu. Tout au plus vit-on dans un autre que le sien.Cela n'a cessé de l'étonner et l'etonnait encore plus le fait que chacun trouve cela naturel et l'absence de questionnement sur ce point. La force des déterminismes lui faisait peur en même temps que le refus (la volonté de ne pas savoir) de tout un chacun d'en prendre conscience. ('Je est un autre' dit Rimbaud, il me semble). Enfin il ne fut pas marxiste (il se tint à l'ecart pendant 68) mais beaucoup de petits esprits marxistes, il est vrai, voulurent tirer profit de ses ecrits. Il raconte à demi mot dans son dernier livre l'experience unique de toute elève issue de milieu 'modeste ' qui rejoint une grande ecole, l'ENS, et les efforts exigés pour desapprendre une partie de ce qu'on est ainsi que la crainte de se trahir que cela suscite et qui ne vous quitte jamais. Chez toute élève ayant eue la même experience, Bourdieu est d'un precieux secours.

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  26. Cher M. Schiffter,

    J'ai lu il n'y a pas plus tard que deux jours que les entreprises privées françaises souhaitaient ouvrir leurs recrutements aux jeunes diplômés de lettres et de philosophie notamment, pour - disent-ils - diversifier les "profils" de leurs salariés, et offrir, en quelque sorte, à tous la possibilité de penser différemment ... J'espère que cela va vous réjouir :) ...

    A moins que l'enfer ne soit décidément et à jamais pavé de bonnes intentions ....

    Cas similaire dans l'article ci-dessous ... Je serais curieuse de savoir ce que vous pensez de cela!

    Très bonne journée

    http://www.monde-diplomatique.fr/2011/08/ROUX/20859

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  27. Juste pour vous dire, chers dandyssimes, que Debord voulait des soviets et Bourdieu la révolution sociale (son livre sur Pascal est le plus grand livre de philosophie pascalienne que je connaisse)... je n'ai rien lu concernant le surf et les jeunes filles à genou, désolé.
    Alain Jugnon

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  28. Cher lourdissime Jugnon

    Je viens, enfin, de comprendre : vous n'existez pas…
    Je crois que vous êtes une blague et un pseudo dont se sert Frédéric Schiffter pour échauffer les esprits, et les débats sur son blog.

    Personne ne peut être assez bête pour n'avoir que ce que vous venez d'écrire en réponse aux échanges précédents.

    Vous voyez du surf alors que nul n'en a parlé ; pour une fois.

    Vous voyez des filles à genoux quand on a parlé des singeries sociales très banalement à la recherche d'un emploi. Singeries séductrices sociales que mon ami Karl, magnanime comme il l'est, a d'ailleurs bien vite excusées chez la demoiselle en question, en précisant les conditions générales de leur apparition historique.

    Les filles à genoux, c'est un truc de (petit) cadre, qui va aux putes ; et vous ne pouvez pas imaginer un Libertin-Idyllique aller aux putes. Et de fait.
    Et ce n’est pas maintenant que je vais commencer.
    Si la caque sent toujours le hareng, sur ce coup-là, vous, vous sentez un peu la morue, Jugnon.

    Vous dites que Debord était pour les conseils : moi aussi.

    Précisons.
    En 1967, Debord écrivait au responsable d'I.C.O., Henri Simon : « Dans le développement maximum du mouvement possible, pour notre part nous croyons que la majorité des ouvriers doivent devenir des théoriciens. Sur ce point, nous ne sommes pas aussi « modernes » que les provos : nous sommes aussi naïfs que d'autres ont pu l'être il y a cent vingt ans. Vous me direz que c'est difficile. Nous répondrons que, le problème dût-il rester posé pendant trois autres siècles, il n'y a absolument pas d'autres voies pour sortir de notre triste période préhistorique. »
    En 2012, je vous déclare donc ceci : « Dans le développement maximum du mouvement possible, pour notre part nous croyons que la majorité des ouvriers et des autres doivent devenir des Libertins-Idylliques. Sur ce point, nous ne sommes pas aussi « modernes » que certains : nous sommes aussi naïfs que d'autres ont pu l'être il y a cent vingt-cinq ans. Vous me direz que c'est difficile. Nous répondrons que, le problème dût-il rester posé pendant trois autres millénaires, il n'y a absolument pas d'autres voies pour sortir de notre triste période préhistorique. ».
    (Bien sûr, les naïfs en question étaient Marx et Engels, qui à la fin de 1847 rédigeaient le Manifeste du Parti communiste.)

    Je suis tellement pour les conseils que j'ai même décrit (http://avantgardesensualiste.blogspot.fr/2012/04/rc-vaudey-ou-lantesade-suite.html) ce à quoi ressemble la tenue d'un conseil de sensualistes.( ici

    Parce que je sais que, à votre façon étrange, vous êtes attaché à Debord et à Artaud, je vais mettre sur le même site un collage, que Cad, un ami peintre, avait fait à la mort de Debord, qui était son ami, à qui il avait fait rencontrer, en 1990-91, Dominique S., une jeune poétesse de vingt-deux ans, décédée à vingt-cinq, qui devint le marsupial de ses amis "Guy et Alice", avant d'être ma maîtresse ; il y a vingt-et-un ans.

    Tous les droits de cette image étant réservés, je dépublierai cette photo demain.

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    1. Cher Vaudey
      vous êtes précieux, je vous l'accorde, ridicule, vous le savez déjà, libertin et idyllique, c'est joli et c'est pour faire parler Debord mort : je suis philosophe et libre souverainement de penser Debord vivant. C'est ainsi. Croyez bien que Schiffter n'est pour rien dans mes interventions. Il vous le confirmera s'il le veut. Pour ce qui est du lourd : je vous y laisse, cela vous va bien au ton.
      Alain Jugnon

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  29. Le rôle du cave qui se rebiffe vous va comme un gant, Jugnon.
    Ce n'est pas une raison pour en abuser.

    J'ai connu des gens libres et je crois même l'avoir été moi-même un peu : aucun n’avait votre genre.
    Beatniks, provos, peintres à la façon de l'ancienne bohème, qui ne grattaient pas aux portes des FRAC et qui ne participaient pas au Barnum des biennales internationales de l'art contemporain mais qui buvaient avec Debord, poètes qui ne suivaient pas la petite caravane des salons et des résidences subventionnées, surfeurs à la recherche de l'endless summer, en général, l'idée d'aller aux putes ou de mettre les filles à genoux n'était pas, non plus, dans leur goût (quoiqu'il y ait toujours eu des tordu(e)s partout).
    L'amour, l'amitié et la liberté des filles libres n'en donnent pas le goût, et les hommes, tant qu'ils sont libres ainsi, éprouvent sans doute moins le besoin d'humilier les femmes que ceux qui sont encasernés.
    Les putes, les pipes et les boîtes à partouze, tout le monde pensait, sans le dire, que c'était bon pour les caves — ceux que Debord appelait aussi les ploucs.
    Donc, aussi pour les gauchistes enrégimentés de l'art, de la "philosophie", ou de la littérature.
    Je crois bien que, pour les préliminaires et les caresses "bucco-génitales" c'est plutôt le 69 qui avait le suffrage des unes et les autres.

    Votre interprétation a simplement trahi ce que vous êtes.

    Personnellement, cela ne me choque pas et ne me gêne pas. C'est l'époque.

    Je trouve seulement étrange, et je vous l'ai dit depuis le début, votre prétention à cette vie libre, votre identification à ceux qui la représentent emblématiquement (Nietzsche, Debord, Artaud… ) ; que tout contredit par ailleurs.
    Du coup, on n'entend plus ce que vous pourriez avoir d'intéressant à dire ; et je crois que, de la même façon qu'il y a des gens qui mènent une vie détachée des impérieuses routines et qui sont tout de même des brêles qui n'ont rien d'intéressant, ou presque, à vous apprendre, de même l'inverse est vrai. Bien évidemment.

    Pour Debord, je l'ai toujours détourné, vivant ou mort.

    Je vous laisse continuer, seul, sur le registre de l'insulte qui a votre préférence et que vous avez amené dans cette discussion.

    Ouvrez donc un blog, et parlez un peu du fond. On viendra vous voir.

    À bientot, Schiffter.

    À vous.

    Vaudey.

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    1. Qui vous parle de filles et de vinasse ici cher Vaudey ? je ne me suis mis à parler à nouveau ici qu'à propos de Bourdieu... et ai trouvé drôle que le libertin que vous êtes se dandyne encore sur la femme la fleur la merveille le faire-jouir et autres bêtises de votre âge. Je suis écrivain et lecteur, voilà la liberté que je me donne, pour les histoires de filles, de soulographie etc c'est votre fantasme qui joue tout seul et se casse la figure...
      Alain Jugnon

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  30. Sociologiquement parlant, Flaubert appartient à la bourgeoisie. Je ne suis pas sûr que sa pensée, certes subtile, suffise à en faire un aristocrate, si ce n'est de l'esprit, c'est-à-dire par abus de langage.

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  31. "Bourgeoisie" n'est qu'un synonyme de "Prostitution", avec la connotation hypocrite en plus. Ce qui est "bourgeois", c'est ce qui est "prostitué" mais qui ne s'assume pas comme tel.

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