vendredi 13 janvier 2012

Camus, philosophe pour bonnes femmes


Photographie : Gilbert Garcin


Depuis quelques jours, à cause du tapage médiatique autour du livre d’un idéologue du quart-monde intellectuel, on assiste à un «retour à Camus».

On se souvient que Jean-Jacques Brochier avait qualifié l’auteur de L’Étranger de «philosophe pour classes terminales», ce qui n’était guère gentil pour les élèves desdites classes, d’autant que Camus n’était étudié qu’en troisième. Avec Boris Vian et Jacques Prévert, il faisait les délices des professeurs de français de gauche frottés de philosophie journalistique à qui l’absurde donnait des frissons existentiels. C’est sans doute encore le cas.

Personnellement, l’œuvre de Camus me rase tant à cause du style que du contenu. Mais, comme disait Hugo, le style c’est le fond qui remonte à la surface. À mes yeux, Camus incarne à merveille l’idéologie de ce que j’appelle le gnangnan, à savoir cette mélasse de moraline bleue ou rose avec quoi on cherche à peinturlurer la condition tragique des humains. On connaît la sentence de notre Grande Conscience: «La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux». Dans une société où règneraient le goût et l’esprit, pareil trémolo suffirait à condamner au ridicule celui qui l’énonce. Comme le temps est à l’indignation, Camus, qui serait aujourd’hui un peu plus âgé que Stéphane Hessel, trône au panthéon des Bons Sentimenteux. «À ce dont l’esprit se contente, on mesure l’ampleur de sa perte», disait Hegel.

Quand on me parle de Camus, je songe à une anecdote. Lorsque, en 1949, parut Précis de décomposition, ouvrage à côté duquel Le Mythe de Sisyphe ressemble à un livre d’histoires édifiantes pour enfants, Camus, qui officiait chez Gallimard, dit à Cioran : « Il est bien votre livre ; mais pour le prochain tâchez de revenir dans le circuit des idées ». Circuler dans le circuit des idées. Tel était donc l’idéal de Camus. « Cher Monsieur, allez vous faire foutre », rétorqua Cioran — manière ordinaire pour un homme révoltant de répondre à la cuistrerie d’un notable révolté. 

20 commentaires:

  1. Cher Frédéric,


    Pour le coup, permettez-moi d’exprimer un désaccord courtois.
    Non pas que le Camus philosophe m’ait un instant touché (je ne le considère pas d’ailleurs véritablement philosophe) mais je fus et je reste sensible à la prose de l’écrivain méditerranéen ; le paysagiste des ruines de Tipasa et des soleils enténébrés…

    Côtés Essais, je n’ai lu « L’homme révolté » qu’en début 2010 (livre qui traînait en ma bibliothèque depuis presque 10 ans sans jamais avoir été ouvert) dans le contexte de la commémoration (exercice encouragé par les camelots) liée aux 50 ans de sa mort. Ayant la singulière habitude d’inscrire dans un carnet l’historique de mes lectures, ceci agrémenté d’un petit commentaire, je puis aujourd’hui, bien que tenté par quelques coupes ou retouches, livrer ex abrupto ma perplexité d’alors : « Au final, chiant : les Russes et les bolcheviques ne me parlent pas, et je n'ai pas le goût à me forcer en des heures contraintes ; figé là juste par conformisme au canon... Les crimes, les révolutionnaires et le sang, au fond, fort peu pour moi... Marxistes léninistes, et consorts, pour dire vrai je m'en fiche... Qu'il ait énervé Breton ou s'est mis à dos Sartre, je le comprends. Et souvent il vise juste et frappe là où ça fait mal... Oui pour Camus contre Sartre. Mille fois oui. N'empêche, j'aurai bien supprimé, allons, au moins 200 pages du livre (j'ai bien dû en lire en diagonale ou en passer au moins 100). Mille fois je préfère Camus romancier ou Camus, l'homme : cohérent dans l'engagement, courageux, exemplaire ! … ». Quant au fameux « Sisyphe », pour faire court, le souvenir s’en est évaporé.

    Côté récits, c’est un petit Folio de poche contenant « Noces » et « Eté » avec lequel j’ai le plus d’accointances. D’ailleurs, votre billet a eu cette vertu de me donner motif à me replonger hier soir sur l’écume du « vent à Djémila » et dans l’ambiance de ces « Noces à Tipaza ». Cela a ravivé quelques douloureux souvenirs ; ou plutôt une chaude nostalgie crépusculaire qu’il m’a pris l’envie de coucher sur le papier (et dont je ferai sans doute un billet).
    « La peste » me fit effet non pas tant par l’histoire en elle-même que par, d’une certaine façon, la situation d’enfermement involontaire dans lequel je me trouvai alors. C’était à Rabat il y a de cela pas mal d’années. Il me faudrait le relire à froid pour en sentir la véritable saveur. Dans une autre vie peut-être.
    Quant au fameux « Etranger » je confesse l’avoir aimé. Toujours ce satané soleil… Un de ces éblouissements qui conduisent à la mort – Et là aussi cela résonne étrangement en mon souvenir.

    Sur l’anecdote savoureuse que vous rapportez à propos de cet échange entre Camus et Cioran, (et qui souligne mieux qu’un long discours la pédanterie qui parfois corrompt comme un virus les notoriétés les plus établies) évidemment je me réjouis que ce dernier ait répondu de si cinglante manière à la cuistrerie manifeste du premier.

    « Il faut imaginer Sisyphe heureux ».
    Dans vos « Délectations » se trouve un passage qui m’a enchanté – et fait plus que sourire, tant il sonne juste : « Quand on me rappelle cette formule d’Albert Camus, je visualise sur-le-champ un hamster décidé coûte que coûte à faire tourner sa roue – n’en sortant que pour manger et dormir. S’il parlait, et si on l’interrogeait sur la raison d’une pareille persévérance à patiner dans l’absurde, l’animal dirait qu’il a des ‘projets’, qu’il veut faire ‘avancer les choses’, qu’il ‘milite dans le sens de l’histoire’. Jusqu’au jour où on le retrouverait mort et desséché à côté de sa petite mangeoire… ».
    Un hamster hégélien, voilà de quoi me mettre d’excellente humeur.

    Bien à vous,
    Axel.

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  2. Moi, je sauverais peut-être, avec votre permission, cher Frédéric, la préface de Camus aux maximes de Chamfort.
    J'aime aussi beaucoup la première partie de "L'Etranger", mais il me semble que c'est ensuite avec la narration du procès (deuxième courte partie de ce court roman) que Camus devient typiquement emmerdant.

    Il aurait dû davantage effacer ! Sa mort est comme un signe du destin : faire court et moderne.

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  3. Folie et chaos, fracas, ressac et remous, cœur angoissé, révolte, ordre mortel du monde, vide affreux, chagrin, philosophie vivante, circonstance vitale, chapitre à écrire et à supprimer, manuscrit accidenté, Premier Homme, 4 janvier 1960, Albert Camus.
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    Albert Camus dit :
    Mon « Premier homme » est un manuscrit accidenté, inachevé et tâché de sang.
    La prochaine fois, je suis votre conseil, je mets mon chagrin dans mon livre et j’écris quelque chose comme « Philosophie Sentimentale ».
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    Depuis quelques mois votre « Philosophie Sentimentale » m’accompagne.
    Absurdité, suicide, révolte : je pense à Camus.
    Je ne sais si ça veut dire quelque chose mais j’ai ça dans la tête: Albert Camus aurait pu écrire quelque chose comme « Philosophie sentimentale », mais c’est «le Premier Homme» qui est sorti.
    « Le Premier Homme » est un manuscrit accidenté, inachevé et tâché de sang.
    Camus a suivi votre conseil. Il a tenté de se mettre dedans. A reculons, enfermé dans la forme vieille. Mais quand même.

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  4. La honte - et la tristesse - d'être français, lorsqu'on lit l'un des derniers messages de Roland Jaccard, qui, grâce à sa mère viennoise, lisait Karl Kraus au lieu de perdre son temps avec Sartre et Camus.

    Mais il me semble que vous vous trompez sur la réponse de Cioran. Si je me souviens bien, Cioran dit à peu près, revenant sur cette anecdote: "Va te faire foutre, ai-je pensé. Avec sa culture d'instituteur..."
    On l'imagine en effet se dire: "ce brave homme, n'est-ce pas, avec sa culture d'instituteur, qui parle comme s'il venait de découvrir Schopenhauer, n'est-ce pas", ce n'est pas possible... La circulation des idées... Et puis quoi encore?!"

    Tristan

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  5. Un peu plus loin, "Camus avait une culture provinciale, il ne connaissait que la littérature française". Là, Cioran exagère. Car on peut reprocher bien des choses à Camus, mais pas cela. Si L’Étranger bénéficie d'un tel succès dans l'Hexagone, c'est parce que l'auteur a réussi à satisfaire la propension bien française à faire fruit selon notre norme de ce qui se fait de mieux au-delà de nos frontières. Lisez L’Étranger, vous lirez à la fois Kafka et Dostoïevski dans votre propre langue, sans compléments circonstanciels. Si seulement Camus avait exploité avec brio l'absurde en littérature comme Du Bellay et Ronsard ont illustré la langue française en exploitant le sonnet de Pétrarque.
    Dans Franchise postale, Clément Rosset confie à Michel Polac que Camus a usé de son influence pour opposer un droit de veto à la publication de "En attendant Godot" aux éditions Gallimard. Par ailleurs, un dénommé Francis Jeanson a écrit un texte intitulé "Albert Camus ou l’âme révoltée" dans Les Temps modernes en 1952. Il se dit qu'à cette publication, Camus ne l'emmenait pas large dans les couloirs de la NRF.

    N.B.: Michel Onfray dans "L’Archipel des comètes", journal hédoniste(2002), raconte que Camus élaborant "Le Mythe de Sisyphe" (1942) a supprimé avant impression un texte sur Kafka pour satisfaire aux desiderata des autorités de Vichy.

    Pascal K.

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  6. Camus philosophe ? … :)

    Un écrivain de belle facture – oui.
    Usant de philosophie – encore oui.
    Mais comment comprendre l’engouement de ces enfants de cœur récitant les premières lignes de « L’étranger » tel un texte liturgique !

    Que Camus soit salué pour ses combats, certains de ses livres, son discours (Lors de la cérémonie du Nobel de littérature notamment. Lieu où il s’est montré bien plus brillant que Le Clézio – chose qui n’est pas difficile – vous me direz.) … Bref, que l’on souligne son œuvre comme celle d’un homme intéressant, pourquoi pas…

    Mais l’encenser ? Boire ses paroles, telles celles du « Maître ». Comparer ses écrits à ceux d’un génie. En faire l’objet d’une admiration sans borne, d’un culte ?

    Foutaise.

    « L’admiration – écrit Thomas Bernhard dans « Maîtres anciens » - n’est pas seulement le signe distinctif de l’homme soi-disant inculte, tout au contraire, elle l’est aussi, dans la mesure tout à fait effrayante, oui, en vérité terrifiante, surtout des gens soi-disant cultivés, ce qui est encore beaucoup plus répugnant. L’homme inculte admire parce qu’il est tout bonnement trop bête pour ne pas admirer, en revanche l’homme cultivé est trop pervers pour cela, a dit Reger. L’admiration des gens soi-disant incultes est tout à fait naturelle, en revanche l’admiration des gens soi-disant cultivé est une perversité positivement perverse, a dit Reger ; » p 102.

    Camus, bien sûr, aurait mérité que Cioran lui vomisse son insupportable "fatitude" en pleine face.
    Mais Cioran s’est montré plus fin – tout bonnement plus courtois – ou plus policé, selon.

    Bien à vous, Le chêne parlant.

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  7. Grand-oncle Donatien disait toujours: "Un homme qui décrit l'enterrement de sa mère comme le fait Albert ne peut être foncièrement mauvais".
    "Piètre philosophe mais bon écrivain", disait-il à propos de l'auteur de l'Etranger. Il ajoutait: "D'Albert, je ne lirai rien de plus. J'en sais assez".

    (Grand-oncle Donatien disait "Albert" à chaque fois qu'il était question d'enterrement en pleine chaleur. Grand-oncle avait le soleil en horreur. Sauf à l'ombre, précisait-il en tendant son doigt vers le ciel. Curieusement, il avait nommé son petit chien noir Albert Platon. C'était un homme déconcertant, mais attachant.)

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  8. Pour alimenter le débat, (car l'ennui naquit un jour de l'uniformité )Extrait d'un entretien de Michel Bouquet :

    Question : Vous avez commencé votre carrière artistique au théâtre à l'âge de 18 ans. À 20 ans, vous jouiez déjà aux côtés de Gérard Philipe dans Caligula dirigé par Albert Camus. Quelle impression gardez-vous de cette première expérience ?
    Michel Bouquet : C'est une expérience très simple, très complète dans la mesure où je me trouvais à la fin de la première répétition où Camus avait mis en scène pendant quatre heures, je lui ai dit "au revoir", je lui ai serré la main et j'ai vraiment eu I' impression pour la première fois de serrer la main d'un homme ! Une impression de fraternité, de grandeur simple que j'ai très peu trouvé dans ma vie.

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  9. « sa joie ne peut se recommander d’aucun fait précis,
    d’une part en raison du principe qui interdit à une louange générale de s’appuyer sur un seul fait,
    d’autre part pour cette simple raison qu’il n’est de toute façon aucun objet dont elle puisse se recommander, celui-ci cédant invariablement à l’effet corrosif de l’analyse et de la réflexion. »
    Clément Rosset.
    La force majeure. P 8

    Cher Frédéric Schiffter,

    Permettez-moi de vous écrire ce billet précisant mon sentiment à propos du débat Michel Onfray / Camus.

    Effectivement ce « trop » - cet accord inconditionnel – ce consensus médiatique - semble trop lisse – trop « vrai » – trop « beau » pour ne pas (r)éveiller un mécanisme de défense fait dans un premier temps de surprise, d’interpellation, d’une manière générale d’écoute attentive, puis dans un second temps – invariablement – d’une analyse réservée, pour ne pas dire méfiante.

    Remarque n° 1 :
    Michel Onfray a bâti sa notoriété sur le concept de « contre histoire de la philosophie ».
    Ce regard singulier sur le « petit », l’oublié, le non « révélé » (pour rebondir sur les termes bibliques usités par MO lui-même), le presque perdu, l’inaudible, voilà un acte réjouissant. Lutter à la marge – s’opposer au rejet – aux discours préfabriqués – aux idées toutes faites – faire ressortir les pensées ou êtres méprisés au grand jour s’accorde – effectivement - avec mes propres dispositions.
    Donner à penser – sortir des sentiers battus – lire et taper des considérations philosophiques sur « ma table de chêne », pour reprendre les termes de Clément Rosset, est un principe de vie - pas si mal – non ?

    Remarque n° 2 :
    Aux performances télévisuelles et éditoriales du philosophe proprement surhumaines (après tout, pourquoi pas, « Il faut bien occuper le terrain » – disait-il – sinon, ce serait laisser place aux discours rebattus des ‘bloubliboulguistes’ du savoir – des conformistes de la pensée.) à cette hyper médiatisation, donc, s’ajoute peu à peu les contradictions propres aux discours rapides, intenses, fréquents. L’intensité percutante et particulière des premiers écrits semble peu à peu se modifier… On se trouve finalement confronté à autre chose - quelque chose de différent.

    Remarque n° 3 :
    Les éléments biographiques propres à Camus et à Michel Onfray semblent trop proches, trop « semblables » pour ne pas allumer les « warnings » de la gêne et de la réserve. Bref un vague malaise – pour ne pas dire un désagréable arrière goût nous saisissent.
    Citons entre autre points communs : la progression du rien au tout, le passage de l’ultra « rusticité » à un confort « bourgeois ». L’ascension sociale – les combats aussi (bien que ceci mérite développement) – bref, on dégage rapidement un ensemble de points – ou de données – étrangement communs.

    Aussi, dans bien des imaginaires le passage de l’un à l’autre s’effectuera-t-il « naturellement » (ce qui est – du reste – dores et déjà le cas). L’identification opérera sans même y réfléchir, spontanément.

    En gros, la notoriété de l’un – prix Nobel de littérature, excusez du peu – rejaillira sur l’autre.
    De l’hommage, on passe à l’auto-célébration.

    Simple coïncidence… ou escroquerie intellectuelle ?

    Bien à vous, Le chêne parlant.

    Ps : Ceci a été inspiré par un courriel de Constance (personne nuancée, je dois dire) – laquelle m’a-t-elle appris - ne peut intervenir sur votre blog.
    … ?

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  10. Chère Virginie,

    L'époque est à la vulgarisation, c'est-à-dire à une forme de destruction du savoir.
    Oyez, braves gens ! Vous voulez tâter de l'astrophysique? Voilà du Tranh-Truc-Chose (avec du spirituel en prime). De la philosophie? Voilà du Onfray (avec de la rébellion pour épicer la soupe). Bien sûr, une fois que vous aurez consommé ces produits, vous serez ignorants comme devant, mais, comme vous en retirerez des éléments de langage, vous pourrez donner le change.

    C'est ainsi que, de même que Valérie Damidot relouque les gourbis populaires avec un design de pacotille, les gourbis restant des gourbis mais repeints et remeublés, de même ces auteurs médiatiques relouquent au rabais l'ignorance de leurs consommateurs qui restent ignorants mais font les malins sur des blogues (je ne parle pas de vous).

    Regardez ceux-ci et ceux-là. Ils font des Oh! des Ah! Les larmes leur viennent zauzieux tellement ils sont éblouis par tant d'audace esthétique et intellectuelle.

    Naturellement, Valérie Damidot et les deux types cités plus haut se foutent des gens. Que les gens s'en montrent satisfaits est un phénomène banal puisqu'ils ont eu le sentiment qu'on s'occupait d'eux. C'est la servitude intellectuelle.

    Prenez l'exemple de Constance. Elle s'imagine que les journalistes découvrent "l'homme-Camus", alors que, manifestement, c'est elle qui ignore tout de Camus — comme si, selon le bobard d'Onfray, le vilain système platonico-freudo-sartrien, avait cherché à lui dissimuler la "grandeur" de cet écrivain. Camus est l'auteur de chevet de Valérie Damidot et des petites bonnes femmes.

    Si cette personne — Contance — n'est pas autorisée à dérouler son pataquès sur mon blogue c'est tout simplement en raison de l'insignifiance cucul et parfois hargneuse de ses considérations.


    Je me félicite que vous soyez une lectrice de Clément Rosset.


    Bien à vous,

    Frédéric Schiffter

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  11. Mon patron Vasquez me le dit souvent : "Alfonso ! Ce matin, les clercs ont encore trahit. "
    Hé oui , Karl, les clercs trahissent. Aussi un peu à cause de nous.
    Là-bas, de son transat surpuissant le Philosophe sans Qualités est l'un des derniers à défendre les valeurs éternelles, statiques, désintéressées et rationnelles que sont la branlitude, le nihilisme balnéaire, la sieste et le non-agir.

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  12. La sieste et le non-agir, cher Alfonso, ont des effets décoiffants. C'est ce matin Platon qu'on assassine via la plume acérée de notre bon maître dans Philosophie magazine, reçu au courrier ce matin. A lire d'urgence, page 78.

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  13. "Camus reste sous-estimé". Son œuvre est intégrée au programme scolaire depuis belle lurette et notre président de la République a désiré transférer ses cendres au Panthéon. Seule la fille adoptive de Camus ne sembla pas l'entendre de cette oreille.
    "Lire Camus, c'est peut-être même digne d'admiration"??? L’Étranger est le livre de poche le plus vendu en France avec 6,7 millions d'exemplaires écoulés. Suivent La Peste avec 3,65 millions et La Chute avec 1,5 millions.
    Ah! ces satanés nihilistes,"majoritaires en ce moment", mais pas foutus de faire du chiffre!scandaleux...

    Pascal K.

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  14. Vous voulez parler de Badiou, qui réécrit "La République" ? Je préfère Camus à Badiou. Badiou, si un jour le pouvoir mettait ses idées en application, ça en tuerait des gens. Ah ! les staliniens ! Camus au contraire était doux comme un agneau, lénifiant certes, mais chez lui pas d'appel au meurtre !

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    1. C'est le "littéraire" qui se permet une remarque. Si l'on oublie les présupposés philosophiques et qu'on lit L'Etranger sans savoir qui est le Camus philosophe, c'est tout de même un roman qui tient remarquablement la route, très beau, très lumineux mais de cette lumière cruelle propre aux grands romans noirs sudistes, comme certains Jim Thompson. De même ses textes dans Noces et L'Eté
      Je n'en dirai pas autant, évidemment, de la Peste, terriblement démonstratif malgré quelques belles pages sur le plaisir de la baignade. Et ne parlons pas du théâtre, qui alors là, pour le coup, a vraiment vieilli...

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  15. Très juste, cher ami. L'Etranger est excellent Série Noire — sans ironie aucune. Je l'ai relu il y a deux ou trois ans avec un grand plaisir.

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  16. Les seules choses que j'ai retenues de l'Algérien de Lourmarin, c'est qu'il n'était pas étranger au Q et qu'il baisait comme un Sisyphe.

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  17. Camus - Prévert - Vian. On connaît aussi cette triade infernale au Québec...


    Bruno Vallée, Québec

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