Les carpettes de droite reprochent aux tiédasses de gauche de n’avoir d’autre programme ou d’autre stratégie d’opposition que l’anti-sarkozysme. Et c’est misère, bien que prévisible, de voir que, sensibles à cette attaque des premiers, les seconds protestent de leur bonne foi arguant qu’ils combattent une politique et non un homme. Où, dans l’histoire, ces mous du genou ont-ils vu que la politique était un combat bien sage programme contre programme? La politique est une guerre entre hommes aux intérêts inconciliables poursuivie par tous les moyens, y compris la guerre civile. Je n’ai pas ouvert le livre d’Alain Badiou : De quoi Sarkozy est-il le nom? L’expérience m’a appris que la prose de ce doctrinaire est imbittable. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir une idée sur le sarkozysme. Une idée très simple. Un sentiment plutôt : une viscérale allergie à l'égard de tout ce que Sarkozy incarne et représente — à commencer par le type lui-même : vulgaire, inculte et fat. Cet homme ternit l’image de sa femme (habituée à mieux sur le chapitre du glamour) ; navre ses collaborateurs serviles qu’il engueule et terrorise, déçoit les jobards qui ont voté pour lui. Tous n'ont que ce qu'ils méritent. Les gens de goût qui conservent le sens de la France déplorent que, à cause de Sarkozy, les Américains ne nous détestent plus, que les Européens voient en nous un ramassis de populistes trouillards et que les Chinois nous prennent pour des disciples du Dalaï Lama. Sarkozy, quant à moi, ne me scandalise pas : il me fait honte. J’ai honte d’être Français quand, à la télévision, je le vois minauder devant le pape, s’efforcer de faire rigoler un auditoire de paysans ou de policiers, chercher, pathétique, à capter un regard d’Obama, jouer des coudes pour figurer au premier rang sur une photo de groupe du gécette. J’ai honte comme peut nous faire honte dans un dîner un parent mal élevé et va de la gueule avec qui nous n’avons en commun qu’un lien de parenté, mais auquel les convives nous associent. Je ne connais qu’une seule façon de se débarrasser de pareille passion triste : en supprimer la cause. Par tous les moyens — y compris légaux, comme le dit le camarade communiste balnéaire Jérôme Leroy.